gesture

1997.10.16

Douglas Edric Stanley

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Par rapport à l'interactivité, le mot geste englobe trois aspects : 1. geste performatif qui introduit une signification de part un mouvement intentionnel du corps; 2. le gestuel, qui inclut toutes les expressions corporelles non seulement intentionnées envers une signification, mais par rapport à un mouvement, comme dans la danse; 3. l'aspect qualitatif de cette expression corporelle, en fonction d'une perception liée aux affects de vitalité (intensité, caractère, ton, etc.), c'est-à-dire la vitalité dégagée dans le geste. Bien que l'interactivité doit prendre en compte l'espace qu'elle occupe et les représentations qu'elle incarne, son véritable domaine reste celui de l'univers gestuel. C'est pour cette raison, par exemple, que Brenda Laurel (Computers as Theatre, p.4, 47, 49-65, 67-92, etc.) accorde autant d'importance à l'action dans les relations humain-ordinateur, même si elle a tendance à raplatir cette action sur la mise en scène et donc sur le mimêsis. On ne peut pas comprendre l'interaction humain-ordinateur si on ne prend pas en compte, dès le départ, comment cette interaction s'articule. Quand nous parlons alors de gestes, nous parlons à la fois de la manière dont l'inter-acteur interagit avec la machine, et de la manière dont l'ordinateur présente l'univers des actions. On parle en fait de ce qui s'y passe, c'est-à-dire des gestes d'engagement dans l'action. Un geste tranche dans le monde, et fait une distinction entre avant et après. C'est un performatif et il peut venir soit de l'interacteur soit du programme. Puisque l'interactivité ne peut pas être comprise en dehors de l'action qu'elle formule et qui la formule, ce sont les divers gestes de l'interaction qui détermineront ces actions. Si je clique sur un bouton et que l'ordinateur affiche une flamme sur l'écran, on voit facilement l'ensemble de l'expression d'un geste : il faut une programmation ou une configuration qui prend en compte le geste de l'interacteur, il faut ce geste de départ, il faut une réception et une analyse du geste, et il faut une continuation, une exécution ou un achèvement de ce geste, voire un geste de réponse. Voilà pourquoi on est si frustré quand une programme ne répond pas à nos gestes : nous avons une intuition que nos propres gestes ne sont pas effectifs avant qu'ils ne soient actualisés par l'ordinateur. Le gestuel informatique est profondément infiltré par la logique de la prothèse, qui prolonge le geste de l'interacteur dans la machine. L'interactivité est un univers gestuel et non pas un univers communicationnel. Le geste n'a pas besoin de message pour s'inscrire dans un paysage, il est d'abord de l'ordre de l'expression asignifiante, qui ensuite peut provoquer des communications.

cf. échelle, effort, instrument, réflexion