Lexicon / interactor

Douglas Edric Stanley

1997.10.16

Dans son livre-manifeste sur l’informatique et l’interactivité, Computers as Theatre [Addison-Wesley, 1993, 1991] Brenda Laurel propose d’employer le mot « agent » à la place de celui d’ « utilisateur ». L’utilisateur est un terme trop froid, passif, et ne décrit finalement qu’une manipulation envers la machine. Pour Laurel, ce schéma devrait être inversé. L’agent est donc introduit à partir d’Aristote comme « one who initiates and performs actions » [quelqu’un qui initie des actions et les exécute] (p.47). Mais ce mot « agent » permet également de modéliser les actions de l’ordinateur, comme une sorte de « personnage » dans la machine [cf. The Art of Human-Computer Interface Design, Brenda Laurel, ed., Addison-Wesley, P.355-365]. L’agent est un terme très intéressant pour l’interactivité, surtout quand il décrit non pas l’utilisateur ou la machine, mais potentiellement les deux. Cette conception permet de dépasser la notion d’interface pour retrouver une autre scène, celle de la représentation où ordinateur et utilisateur peuvent interagir dans le même espace mimétique. Néanmoins, l’interactivité n’est pas seulement une affaire d’actions. L’interactivité est aussi une affaire de postures ou de configurations. À la limite, agir « entre deux » décrit plutôt un effort qu’une action. Nous utilisons ici « interacteur » à la place d’« utilisateur », et au lieu d’« agent », parce qu’il permet d’identifier pour l’instant l’être humain qui agit (ce qui est important pour nos hypothèses), mais aussi le persona qu’il occupe en agissant ou en n’agissant pas (cf. effort). Un acteur n’est pas seulement quelqu’un qui agit, mais également quelqu’un qui occupe un persona, un personnage. Cet « occupation » est parfois sa seule « activité ». « Interacteur » sert de transition, entre une économie des interfaces où les actions sont négociées, et une action dans l’interaction, une interaction ou effort où le sujet n’agit qu’entre les choses. Ce glissement d’« interaction » vers « interacteur » n’a apparemment pas échappé à Laurel non plus : dans son introduction pour une conférence sur les interfaces on la trouve en train d’opérer ce glissement, et même sur l’étiquette qui indique sa profession, d’inscrire les mots « Interactivist » [The Art of Human-Computer Interface Design, p.xii; p.355].

cf. interface

bibliographie :