Le « soft » du Soft Cinema corréspond bien sûr à « software », c'est-à-dire du fait que dans cette machine de Lev Manovich, le film est généré par un programme. Il n'y a pas de montage pré-établi, bien que l'on puisse parler d'un certain nombre de conditions déterminés au prélalable, mais cela met encore plus en avant l'importance du programme, du « software », dans le choix des images de Manovich. « Soft » signifie également que la machine cinématographique est également devenue « molle », dégoulinante, pliable, c'est-à-dire modulaire. La machine a changé de forme, du fait de l'introduction de l'algorithme dans le déroulement de l'image.

Soft Cinema travaille avec un système à base de « paramètres », voire de déscripteurs (cf. Jean-Pierre Balpe), qui identifient les caractéristiques sémantiques et formelles d'une collection d'images dans une grande base de données. Pour organiser ces caractéristiques et les rendre gérable par l'ordinateur, une douzaine de catégories ou de genres sont définis par rapport à des critères formelles (mouvement, contraste, distance de la caméra) ou sémantiques (lieu du tournage, action dans le cadre). Toutes les images partagent la même douzaine de catégories, mais les valeurs identifiées à l'intérieur des catégories donnent à chaque image sa particularité.

A partir de ce tissu déscriptif, la machine pioche dans cette base et construit des narrations, ou plutôt des associations qui évoqueront (éventuellement) des continuités narratives pour un spectateur. A partir de cette configuration, le spectateur est relativement passive : il regarde ce que la machine veut bien générer comme suite (éternelle) de la narration.